SHAKESPEARE SONG ou LE CONTE D’HIVER

EXTRAIT, JOURNAL D’ATELIER (Hiver 2018)

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Aujourd’hui je suis montée à l’atelier. Après plusieurs mois d’impossibilité je ne sais pas comment j’ai rompu la glace. J’ai enfilé ma tenue bleue. Mis un chaud bonnet d’hiver. Et j’ai gravi les marches, c’était le plus difficile.
Une fois là-haut, c’est comme si je prenais congé de moi-même. Finies les petites mesquineries du quotidien. Je me retrouve face à d’anciennes toiles. Abandonnées là, dans le fatras du lieu. Nous semblons souffrir de la même chose.
Ma lecture des rencontres de Charles Juliet avec Bram Van Velde m’a apporté ce bienfait: le courage d’affronter la solitude. Et une certitude: que celle-ci est un ferment pour peu qu’on la traverse.
La paix que j’ai ressenti dans cet atelier! Pas de musique. Lumière égale. Je me suis adonnée toute entière à ma liberté, en déchirant, parce que le papier est très beau, les pages d’un recueil de Shakespeare édité en Pléïade. Je l’avais acheté quand j’étais étudiante. J’ai déchiré, donc, et froissé, les passages du Conte d’Hiver, je les ai collés sur la toile, les ai recouverts à grands traits. Le blanc domine. Ce blanc qui sourd du titre peut-être. Ou de cette journée d’hiver monotone et glacée.

« Dans sa peinture, Soizic Thual lie avec délicatesse des bleus, des gris, quelques touches de vert, et une écriture mouvante et fluide. Sur la toile, les mots deviennent traits, les phrases répétées à l’infini rythment l’espace, leur sens est libéré.
Dans un mouvement continu qui vous emporte, entre un vers d’Emily Dickinson et une phrase de Goethe, l’oeuvre de Soizic Thual oscille en permanence entre la vivante présence au monde et la douleur de l’absence, entre la fluidité du verbe franc et la muette douceur de l’oubli, ou vice-versa… »

Isabelle Monteville
Responsable des expositions/l’Art au Lavoir.
Texte écrit pour l’exposition du 10 novembre
2017 à Rennes.
Renseignements : Circuit des Têtes de l’Art